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Startup santé sans levée de fonds : ce que ça exige de votre produit

Sommaire
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    Vous développez un logiciel ou une application en santé ?​

    Concrétisons ensemble votre projet ! Je suis à vos côtés pour travailler sur votre produit : une application qui sauve des vies, tout en étant rentable.

    Entrepreneure en santé, spécialiste des logiciels de santé, forte de plus de 10 ans d'expérience dans le domaine, je vous accompagne du montage de projet à sa mise sur le marché.

    Lancer une startup santé sans levée de fonds au démarrage est possible, et plus courant qu’on ne le croit. La condition tient en une phrase : votre application ou votre logiciel doit rapporter ses premiers revenus avant que vos moyens ne s’épuisent.

    Autour de vous, pourtant, tout l’écosystème de l’innovation pousse vers le tour de table : l’incubateur, les autres fondateurs, les articles que vous lisez le soir. La question mérite d’être posée avant de préparer un dossier pour des investisseurs : faut-il vraiment passer par là ?

    Dans cet article, je vous explique ce que recouvre l’autofinancement en santé, qui l’a fait en France, et ce que ce choix change dans votre façon de concevoir votre produit, que vous développiez une application de bien-être, un logiciel pour les professionnels de santé ou des dispositifs médicaux. C’est la version approfondie d’un numéro de ma newsletter Ça se soigne !, qui décrypte les mauvais réflexes de conception produit en e-santé.

    Peut-on lancer une startup santé sans levée de fonds ?

    Oui. Une startup en santé peut démarrer, et parfois grandir durablement, sans ouvrir son capital à des investisseurs. Les chiffres disponibles montrent même que c’est la situation d’une grande partie des jeunes entreprises françaises du secteur.

    Près d’une startup e-santé sur deux n’a jamais levé

    La levée de fonds est devenue l’étalon de la réussite : on félicite une startup pour les millions levés, rarement pour ses clients. En santé numérique, le réflexe est encore plus fort, parce que les projets sont longs, réglementés et coûteux : études cliniques, certification des dispositifs médicaux, cycles de vente dans les établissements de soins.

    Deux repères nuancent ce tableau :

    • En 2016, un guide de France eHealthTech notait que 46 % des startups e-santé interrogées n’avaient levé aucun fonds, alors que près de 70 % en cherchaient.

    • Selon mind Health, les montants levés par les startups françaises de la e-santé ont fortement baissé en 2025.

    Près d’une startup sur deux avançait donc sans investisseur, souvent sans l’avoir choisi. Et le contexte s’est durci depuis.

    Une levée a par ailleurs une contrepartie dont on parle peu. Un investisseur attend une croissance rapide, puis une revente. Votre feuille de route se met alors à suivre ce calendrier, en plus des besoins des patients et des soignants.

    Si vous avez créé votre projet pour résoudre un problème que vous avez vécu comme soignant ou comme patient, cette pression peut vous éloigner de votre objectif de départ.

    Autofinancement, bootstrapping, stratégie du cafard : de quoi parle-t-on ?

    Ces trois termes désignent la même envie : grandir sans investisseurs au démarrage.

    L’autofinancement, ou bootstrapping en anglais, consiste à financer l’entreprise avec ses propres ressources, puis avec son chiffre d’affaires. C’est une méthode : on dépense peu, on vend tôt, on réinvestit.

    La stratégie du cafard désigne le choix assumé de s’affranchir de l’influence des investisseurs en créant une entreprise peu coûteuse, donc difficile à tuer. L’image vient de la Silicon Valley : dès 2008, Paul Graham conseillait aux fondateurs d’être « les cafards du monde de l’entreprise », increvables. Son raisonnement : une start-up meurt quand elle n’a plus d’argent, donc moins elle coûte, plus elle résiste.

    Les deux notions sont très proches. La nuance tient à l’intention : l’autofinancement est un fait, choisi ou subi, là où la stratégie du cafard est une volonté assumée.

    En France, Serge Kinkingnéhun porte cette stratégie du cafard. Son parcours parle aux porteurs de projet santé, parce qu’il a connu les deux voies :

    • Avec EyeBrain, un dispositif médical de diagnostic neurologique, il raconte avoir levé une dizaine de millions d’euros et équipé 60 % des CHU français. Il a cédé l’entreprise en 2015, à la demande de ses investisseurs.

    • Avec Hephaï, une application d’éducation thérapeutique lancée ensuite, il a pris le chemin inverse : un pilotage « en mode cafard » et une société bénéficiaire.

    Levée de fonds vs autofinancement : ce qui change pour votre produit

    Concrètement, cinq choses changent selon que vous levez ou non :

    • Droit à l’erreur : avec une levée, l’argent achète du temps et des essais. Sans levée, chaque mois de développement sort de votre poche.

    • Calendrier : avec une levée, l’investisseur attend une croissance rapide, puis une revente. Sans levée, le rythme est dicté par vos revenus et vos usagers.

    • Premier objectif : avec une levée, il s’agit de convaincre sur une promesse. Sans levée, il s’agit d’encaisser un premier euro.

    • Périmètre de départ : avec une levée, il peut être large. Sans levée, il reste étroit : un usager, une situation, un bénéfice.

    • Décisions : avec une levée, elles sont partagées avec les investisseurs. Sans levée, elles restent entre les mains des fondateurs.

    Un point mérite d’être éclairci : grandir sans investisseurs au démarrage ne veut pas dire refuser leur argent pour toujours. Beaucoup d’entreprises autofinancées finissent par lever, mais plus tard, avec des clients, des preuves et un rapport de force bien différent.

    3 exemples français de startups santé sans levée de fonds

    Ces entreprises font peu parler d’elles, justement parce qu’elles n’annoncent pas de tour de table. En voici trois, avec des produits, des offres et des payeurs différents, et ce qu’elles déclarent publiquement.

    Ce que ces trois exemples ont en commun

    • Le payeur est identifié très tôt, et ce n’est pas toujours le patient.

    • Les trois équipes associent un soignant et un profil technique, plutôt complémentaires.

    • Le périmètre de départ est étroit : Ordotype s’est construit autour de la seule rédaction d’ordonnances, Hephaï autour du bon usage des inhalateurs.

    Comment concevoir et financer son produit sans levée de fonds ?

    Sans levée, la question du financement devient une question de conception. Avec des fonds, une startup peut se tromper de cible, ajuster son produit et recommencer. Sans eux, ce filet disparaît : chaque fonctionnalité inutile retarde l’arrivée sur le marché et le premier euro encaissé.

    4 décisions de conception à prendre tôt

    Quatre décisions comptent plus que les autres. Elles se prennent avant le développement, dans cet ordre.

    1. Identifier qui paie avant de dessiner le premier écran

    En santé, celui qui utilise est rarement celui qui paie. Les patients et les professionnels de santé se servent de l’outil. L’établissement de soins, le soignant lui-même, la mutuelle, le laboratoire ou l’Assurance maladie règle la facture.

    La plateforme publique G_NIUS, dédiée à l’innovation en e-santé, le rappelle : en France, les patients n’ont pas l’habitude de payer pour des solutions numériques de santé.

    Pour un projet autofinancé, cela change l’ordre du travail. Votre produit doit servir deux publics à la fois, celui qui s’en sert et celui qui le finance, et ce payeur a ses propres attentes :

    • un directeur d’établissement cherche du temps soignant libéré ;

    • un laboratoire cherche le bon usage de son traitement ;

    • une mutuelle ou un groupe d’assurance cherche des services de prévention pour ses adhérents.

    Pour comparer les options, je détaille les modèles économiques des startups en santé numérique (abonnement, services, remboursement, partenariats) dans une page dédiée.

    2. Vérifier que le problème est assez douloureux pour être payé tout de suite

    Un investisseur peut financer une promesse. Un client ne paie que pour un problème qui le gêne aujourd’hui. Avant d’écrire une ligne de code, il vous faut donc la preuve que ce problème existe et qu’il pèse assez lourd.

    La santé complique cette vérification. Un soignant vous dira volontiers que votre idée est intéressante, par politesse ou faute de temps pour en débattre. Un patient n’osera pas toujours contredire quelqu’un qu’il associe au monde du soin.

    Méfiez-vous donc des « c’est une bonne idée ». Le signal fiable est un engagement :

    • du temps donné ;

    • un pilote payé ;

    • une lettre d’intention.

    Les méthodes pour aller chercher ces retours sont décrites dans mon guide pour co-concevoir son logiciel en santé avec les patients et les soignants.

    3. Découper un périmètre que vos premiers revenus peuvent financer

    L’autofinancement interdit le grand produit qui fait tout. Votre première version doit coûter moins que ce que vous pouvez avancer, et rapporter assez vite pour payer la suivante.

    Concrètement, cela revient à choisir :

    • un seul usager ;

    • une seule situation ;

    • un seul bénéfice mesurable.

    Tout le reste attend : les fonctionnalités secondaires, les services associés, les offres pour d’autres publics. C’est le travail que je mène en ce moment avec une cliente qui autofinance le développement de son application en oncologie.

    Si vous hésitez sur la taille de cette première version, mon article sur le cadrage d’un POC et d’un MVP en santé numérique propose une méthode pour la définir.

    4. Dispositif médical ou non : trancher la finalité dès le cadrage

    C’est la décision qui pèse le plus lourd sur votre budget, car les dispositifs médicaux numériques obéissent à des règles à part. Un logiciel devient un dispositif médical dès lors qu’il a une finalité médicale : tout dépend donc de l’impact que vous prévoyez pour le patient et son parcours clinique.

    L’écart de coût est considérable. Le développement et la certification d’une application dispositif médical peuvent monter au million d’euros, avec douze à dix-huit mois de délai une fois le dossier prêt.

    Cette voie reste possible, mais elle demande des années de patience et un payeur au bout du chemin. Elle se vise souvent après un démarrage réussi en autofinancement, au moment d’élargir la gamme de produits.

    Si votre intuition peut d’abord prendre la forme d’un outil d’organisation, d’information ou de coordination, vous gagnez du temps et des revenus pour financer la suite. Attention toutefois : un outil qui aide à diagnostiquer ou à traiter relève du dispositif médical, quelle que soit la façon dont vous le présentez.

    Cette décision se prend au moment du cadrage. Si votre application se révèle être un dispositif médical après développement, il faudra passer par la certification ou refaire entièrement une application différente.

    Comment financer une application santé sans investisseurs ?

    Sans investisseur, l’argent vient de trois endroits : vos clients, les aides qui ne prennent pas de parts et votre propre temps.

    Vos clients

    Trois formes de revenus reviennent le plus souvent : un abonnement payé par des professionnels de santé, un pilote facturé à un établissement, un partenariat avec un groupe industriel.

    Un piège guette ici : le pilote gratuit. Un établissement a tout intérêt à tester des solutions innovantes sans les payer, et le cycle de vente peut ensuite durer un à deux ans. Pour un projet autofinancé, une contrepartie financière est nécessaire dès le pilote.

    Les aides qui ne prennent pas de parts

    • La Bourse French Tech de Bpifrance est une aide destinée aux jeunes entreprises : elle peut couvrir jusqu’à 70 % des dépenses éligibles d’un projet d’innovation, dans la limite de 30 000 €.

    • Les appels à projets de Bpifrance financent une partie des dépenses sous forme de subventions ou d’avances remboursables.

    • Le prêt d’honneur, sans intérêts ni garantie, complète souvent l’apport personnel.

    • Le portail G_NIUS recense les aides publiques et les ressources propres à la e-santé, en France comme en Europe.

    Gardez en tête qu’une subvention couvre une partie d’un budget, jamais sa totalité.

    Votre propre temps

    Certains fondateurs gardent leur activité pendant les premiers mois de leur start-up. D’autres s’appuient sur leurs droits au chômage, que France Travail permet de maintenir en partie pendant la création.

    C’est moins confortable qu’un salaire financé par une levée, mais cela vous laisse le temps de vérifier la viabilité de votre projet.

    Quand la levée de fonds reste la bonne option

    L’autofinancement a des limites, et il serait malhonnête de les taire. La levée de fonds reste la bonne voie dans trois situations.

    1. Le projet ne peut pas encaisser un euro avant des années. C’est le cas des dispositifs médicaux soumis au marquage CE, des outils de diagnostic qui exigent des études cliniques lourdes, ou des technologies issues d’un laboratoire de recherche. Ici, le capital-risque a une vraie raison d’être.

    2. La vitesse décide de tout, par exemple sur un marché où le premier installé garde les clients.

    3. Le produit a déjà fait ses preuves. Vous négociez alors avec des clients, des revenus et une position à défendre.

    Attention aux raccourcis cependant : la voie sans levée s’appuie en partie sur des aides publiques, dont les règles changent d’une loi de finances à l’autre. Elle demande autant de rigueur qu’un dossier d’investisseur.

    Structurer votre projet pour l’autofinancement en 5 étapes

    Sans levée, l’ordre des décisions compte autant que les décisions elles-mêmes. Voici celui que je recommande.

    1. Formulez la finalité de votre outil, et vérifiez ce qu’elle implique côté réglementaire.

    2. Identifiez qui paiera, et ce qu’il attend en échange.

    3. Allez chercher une preuve d’engagement auprès de ce payeur et de vos futurs usagers.

    4. Découpez une première version que vous pouvez financer seul.

    5. Ajoutez ensuite les aides, pour accélérer ce qui fonctionne déjà.

    C’est le travail que je mène avec les porteurs de projet santé, à travers trois offres :

    • Le Diagnostic Produit tient en une demi-journée : nous passons votre projet au crible de ces questions, et vous repartez avec une synthèse écrite.

    • Le Cadrage POC va plus loin, sur six à huit semaines, pour définir avec vous les hypothèses à tester, les critères de réussite et le protocole sur le terrain.

    • L’Accompagnement Produit Signature inclut ce cadrage et se poursuit sur huit mois, avec le travail auprès des patients et des soignants.

    Vous hésitez entre lever et avancer par vos propres moyens ? Réservez un Point Découverte de 30 minutes, offert et sans engagement. Vous trouverez aussi des exemples de projets accompagnés dans mon portfolio.

    Ce qu’il faut retenir

    • Lancer une startup santé sans levée de fonds est possible, en France aussi : en 2016, 46 % des startups e-santé interrogées par France eHealthTech n’avaient levé aucun fonds.

    • Ce choix déplace l’exigence sur le produit : personne n’absorbe vos erreurs, il doit donc trouver très tôt quelqu’un prêt à le payer.

    • En santé, celui qui utilise n’est pas toujours celui qui paie. Identifiez le payeur avant le premier écran.

    • Un « c’est une bonne idée » ne prouve rien. Cherchez un engagement : du temps donné, un pilote payé, une lettre d’intention.

    • Démarrez étroit : un usager, une situation, un bénéfice mesurable.

    • Le statut de dispositif médical peut faire exploser votre budget avant le premier euro encaissé. Tranchez la finalité dès le cadrage.

    • Sans investisseur, l’argent vient de vos clients, des aides qui ne prennent pas de parts et de votre temps.

    • La levée garde tout son sens pour les projets qui ne peuvent rien encaisser avant des années, et devient plus intéressante une fois les preuves réunies.

    Vous ne savez pas encore qui paiera pour votre solution, ou votre première version grossit plus vite que vos moyens ? C’est probablement le signe qu’on devrait en discuter : contactez-moi.

    Pour recevoir chaque mois un décryptage des mauvais réflexes produit en e-santé, abonnez-vous à la newsletter Ça se soigne ! et suivez-moi sur LinkedIn.

    FAQ – startup santé sans levée de fonds

    Combien faut-il pour lancer une application santé sans investisseurs ?

    Tout dépend du statut de votre outil. Pour une application grand public sans finalité médicale, Petit BamBou donne un repère : ses fondateurs racontent avoir démarré avec une mise de l’ordre de 30 000 € et atteint la rentabilité en six mois. Pour un dispositif médical, ajoutez le temps et le coût de la certification, qui se chiffre en centaines de milliers d’euros.

    Peut-on créer une startup santé en gardant son activité de soignant ?

    Oui. Les deux médecins cofondateurs d’Ordotype sont toujours présentés comme en exercice, et Serge Kinkingnéhun a créé EyeBrain alors qu’il était encore chercheur à l’hôpital. La contrepartie est le temps : il vous faut un associé capable de faire avancer le produit pendant vos consultations, ou un périmètre assez réduit pour tenir dans vos soirées.

    Le remboursement par l’Assurance maladie peut-il remplacer une levée de fonds ?

    Non, c’est une question de calendrier. Le remboursement arrive souvent des années après le démarrage, une fois le marquage CE obtenu et le feu vert de la HAS donné. La prise en charge anticipée, dite PECAN, peut s’envisager pendant un an avant le remboursement définitif. Le remboursement récompense un produit abouti : il arrive trop tard pour financer sa construction.

    Peut-on concurrencer des startups santé qui ont levé des millions ?

    Oui, à condition de ne pas jouer la même partie. Petit BamBou s’est imposé dans la méditation en français sans investisseur à son capital à l’époque, face à Calm et Headspace, qui avaient levé 116 et 75 millions de dollars. Une équipe autofinancée n’a ni leur budget publicitaire ni leurs effectifs : son avantage tient à la proximité avec ses usagers et à un produit plus juste sur un segment de marché précis.

    Quelles idées de startups santé se prêtent le mieux à l’autofinancement ?

    Celles qui règlent un problème quotidien pour quelqu’un qui peut payer tout de suite. Pour trouver le bon problème, la meilleure recherche se fait sur le terrain : allez voir, avec les patients et les professionnels de santé, où se situent leurs plus grosses difficultés. À mes yeux, la santé des femmes et la santé mentale réclament encore une modernisation de leurs parcours de soins. La meilleure idée reste celle qui part d’un problème que vous avez vécu, et pour lequel vous savez déjà qui paiera.


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